La communication sur les risques d’incendie de forêt - Recommandations opérationnelles pour l’amélioration de la prévention sociale
La perception que la société a du risque d’incendie de forêt détermine dans une large mesure
la réaction des citoyens en cas d’urgence ainsi que le soutien public aux politiques de gestion
des forêts et aux actions que les services de prévention et de gestion des incendies mettent
en oeuvre sur le territoire. En général, cette perception sociale oriente la réflexion et l’action et
affecte toutes les opérations qui sont réalisées dans le cadre de la gestion du risque d’incendie
de forêt, l’incendie de forêt et ses effets étant généralement perçus comme catastrophiques
et aléatoires.
Ce document rassemble un ensemble de recommandations d’ordre pratique visant à faciliter la
communication sur le phénomène des incendies de forêt, l’objectif étant que les informations
parvenant aux citoyens soient les plus proches possible des connaissances scientifiques et
techniques en partant du feu de forêt comme perturbation naturelle de l’écosystème, du
caractère prévisible du comportement des incendies de forêt et du postulat selon lequel
certains incendies catastrophiques échappent à la portée et au contrôle des moyens d’extinction
actuels. Ce document est destiné à tous les acteurs impliqués dans la prévention et la gestion
des risques d’incendie de forêt et propose différents modèles qui serviront à améliorer la
planification et le développement de la communication sur le risque tant au niveau local qu’au
niveau régional ou national et selon une approche couvrant toute la zone méditerranéenne.
Dans les grandes lignes, la perception sociale des incendies de forêt peut relever de deux
situations distinctes qui peuvent même se combiner chez une même personne. Dans chaque
cas, il faudra développer des propositions de communication différentes en vue d’atteindre
les objectifs de prévention sociale préconisés. Ces deux visions peuvent être résumées ainsi :
(1) « L’incendie comme une menace à combattre », situation fréquente dans les régions
méditerranéennes avec l’abandon progressif des activités agricoles et un développement
important de l’urbanisation à proximité des bois, avec une population n’étant pas familière
des utilisations et de la dynamique naturelle des terrains forestiers et avec une forte demande
sociale concernant les fonctions environnementales des paysages forestiers comme la
biodiversité, la beauté des paysages, l’utilisation ludique, etc. Dans cette situation-ci, aucune
différence n’est perçue entre le feu de forêt et l’incendie, les deux étant considérés en quelque
sorte comme négatifs, tant pour les personnes et les biens que pour l’environnement. La
présence du feu dans l’écosystème se mesure uniquement aux pertes écologiques perçues
comme irréparables, indépendamment de l’intensité avec laquelle le feu ou l’incendie peut
brûler et peut, par conséquent, affecter de façon très différente l’écosystème voire même
induire des effets bénéfiques même si ceux-ci sont éclipsés par la « désolation » du paysage
brûlé.
(2) « Le feu comme outil de gestion », situation dans laquelle le feu demeure un outil
efficace de gestion du territoire et des ressources naturelles et sert, par exemple, à éliminer
la végétation aux abords des cultures ou les restes de végétation issus des travaux agricoles
ou forestiers ou à supprimer les arbustes et à régénérer les pâturages. Le feu contrôlé
ou dirigé (voir section 3.8) serait la version actualisée du feu comme outil de gestion avec
des utilisations multiples : récupération des habitats naturels pour la préservation de la
biodiversité, récupération des pâturages abandonnés, réduction de la quantité de végétation
forestière présente dans les sous-bois pour la prévention des incendies. La présence du feu
comme outil de gestion prend une dimension particulière dans les zones montagneuses
et dans les territoires ruraux où les secteurs de l’agriculture et de l’élevage sont fortement
présents.
Cependant, et indépendamment du type de relation entre le feu et un territoire, qu’il s’agisse
de zones historiquement affectées par les incendies ou de zones où le phénomène est récent,
chaque contexte imposera de mettre en place des stratégies de communication distinctes de
façon à pouvoir intégrer les spécificités nécessaires qui permettront de mener à bien l’exécution
des mesures, la sensibilisation, la communication ou la prévention sociale.